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Réalisé par Xerfi MCI en collaboration avec Pascal Chazal du magazine Hors-site.

Le hors site, LA réponse pour « construire plus, mieux et moins cher » ?

Le hors-site est un terme emprunté de l’anglais « off-site » qui qualifie une méthode de construction en dehors du chantier traditionnel, souvent réalisée directement en atelier ou en usine. Les avantages pour les acteurs du BTP inhérents au hors-site sont évidemment nombreux. Cette méthode de construction qui délocalise le chantier contribue tout d’abord à limiter les nuisances, qui peuvent être nombreuses, notamment en zone urbaine (bruits, poussières, etc.). C’est également un moyen d’abaisser les délais de construction, parfois fortement impactés par de mauvaises conditions météorologiques (neige, pluie, froid, etc.), et ainsi d’éviter des retards de livraisons. Selon les sources, les durées de chantiers peuvent être divisées par deux en moyenne en recourant au hors-site. Le hors-site doit aussi assurer une amélioration des conditions de travail, très éprouvantes sur un chantier classique, mais aussi une augmentation de la productivité (autour de 30% d’après les estimations des experts) dans un secteur où les gisements de productivité sont aujourd’hui bien identifiés mais pourtant difficiles à aller chercher[1]. Le transfert de la construction du chantier à l’atelier ou à l’usine permet enfin et surtout de réduire les risques de malfaçons. D’après un rapport récent de l’UFC-Que Choisir, 1 logement sur 5 seulement avait été livré sans réserve en 2018. En bref, le hors-site porte en lui la promesse de « construire plus, plus vite, mieux et moins cher », objectif clairement affiché par la loi ELAN (évolution du logement, de l’aménagement et du numérique).

[1] D’après l’OCDE, la productivité dans la construction (valeur ajoutée brute / heure travaillée) à prix constants a chuté de près de 15% en France depuis 2015.

Les acteurs du BTP accélèrent à l’heure actuelle

Les avantages du hors-site sont tels que les acteurs français du BTP ont déjà sérieusement commencé à s’en emparer, et pour certains depuis un petit moment. Pour prendre pied dans le hors-site, plusieurs leviers peuvent être actionnés. À commencer par la création de structures entièrement dédiées pour développer de nouvelles compétences stratégiques. Parmi les pionniers en la matière, Eiffage a ainsi créé Eiffage Construction Industries à la fin des années 2000. C’est sous la marque HVA Concept que la structure commercialise désormais ses solutions (chambres préfabriquées, modules espace bain, etc.). La structure a déjà participé à plusieurs projets d’envergure, dont l’ouverture d’un hôtel partiellement préfabriqué à Lille, en partenariat avec Eklo, une chaîne hôtelière adoptant un positionnement éco-responsable.

D’autres acteurs recourent davantage à la croissance externe avec le rachat de compétiteurs à fort potentiel, capables d’apporter rapidement leur savoir-faire sur ce marché. C’est le choix fait par Saint-Gobain. Le groupe a ainsi fait l’acquisition de Scotframe en novembre 2017, l’un des principaux acteurs écossais sur le marché des kits pour maisons préfabriquées, kits destinés aux petits et moyens constructeurs, promoteurs et auto-constructeurs en Écosse et en Angleterre. Il a également pris le contrôle de Pro’Fil, qui propose des systèmes préfabriqués pour la gestion de l’électricité et de la plomberie.

Un vrai changement de culture s’impose en France

Malgré l’intérêt évident des acteurs de la filière et le fleurissement des initiatives sur le marché français, la France reste globalement en retard dans le domaine. De fait, d’autres pays ont pris très tôt le virage et poursuivent dans cette voie, parfois par simple nécessité. C’est le cas à Singapour, où les projets de construction publics et privés se multiplient, et où la réglementation prévoit désormais que 65% de la superstructure d’un bâtiment doit être préfabriquée. C’est également le cas dans les pays nordiques, et plus particulièrement au Danemark, où les tensions sur le logement locatif sont fortes et les besoins de fabriquer vite et bien importants. Aux États-Unis et au Japon, le hors-site est aussi en fort développement depuis plusieurs années maintenant. Évoquons la a start-up américaine Katerra, créée en 2015, qui propose de rassembler architectes, ingénieurs, industriels, ébénistes, plombiers, etc. sur une même plateforme et d’industrialiser au maximum la construction via des usines robotisées, en utilisant la standardisation et le numérique à haute dose. Cette jeune pousse a déjà levé plus de 1,3 Md$ auprès du géant japonais Softbank et elle est dotée après seulement
4 années d’existence d’un carnet de commandes bien rempli.

D’après Pascal Chazal, Fondateur et Directeur du magazine Hors-site interrogé sur cette question, les raisons du retard de la France sont avant tout culturelles. Les méthodes issues du monde industriel, et notamment la standardisation, ont en effet encore du mal à se développer au sein de la filière française, et le passage d’une logique de chantier, pour l’heure très prégnante, à une logique d’industrialisation est le principal frein au développement de la construction hors-site. Reste à savoir combien de temps il faudra à la France pour rattraper son retard.

 

Le hors site, LA réponse pour « construire plus, mieux et moins cher » ?