Sélectionner une page

Le BIM est plein de promesses

Le numérique n’en finit plus de bouleverser la filière du bâtiment. Pourtant récent, le BIM est déjà en train de redéfinir en profondeur les usages et les business models. Le BIM, ou Building Information Modelling, est une suite de méthodes de travail utilisées pendant toute la durée de vie d’un bâtiment (et de ses infrastructures), de sa conception à son exploitation, en passant par sa construction. Grâce à une maquette numérique, il permet à tous les acteurs (architectes, maîtres d’œuvre, artisans, etc.) de partager des informations fiables sur ce bâtiment et ses infrastructures, mais aussi de réaliser des analyses et simulations, des contrôles, et donc de détecter rapidement les problèmes éventuels avant même la mise en chantier. Cette maquette numérique est constamment tenue à jour, ce qui assure une collaboration de tous les intervenants d’un projet de construction et une communication entre les différents maillons de la chaîne de valeur. Coûts de construction mieux maîtrisés, délais de chantiers réduits, qualité des bâtiments améliorée, budgétisation simplifiée, ou encore augmentation des retours sur investissements : les avantages sont nombreux, les opportunités quasi infinies, et les professionnels de plus en plus nombreux à y recourir.

L’intérêt de la filière se précise

Signe du mouvement en train de s’opérer à l’heure actuelle, 51% des professionnels interrogés[1] déclaraient utiliser des outils numériques, dont le BIM, dans le cadre de projets de construction à fin 2017-début 2018, d’après le dernier baromètre du Plan transition numérique dans le bâtiment (PTNB). Ils étaient 35% lors de la précédente édition du baromètre (2016), et seulement 27% deux ans auparavant. D’autres chiffres décrivent l’ampleur du phénomène et confirment l’intérêt croissant de la filière du bâtiment pour le BIM. À commencer par le nombre de brevets en rapport avec le BIM déposés sur la période récente. Entre 2011 et 2018, pas moins de 85 brevets ont ainsi été déposés d’après la base de données de l’INPI[2] (avec en particulier un pic à 15 brevets sur la seule année 2018) et même 112 en y associant les mots clés « maquette numérique ». Certes, on est loin des quelque 400 brevets déposés dans le domaine de la smart city sur la même période, avec un point haut à plus de 130 brevets sur l’exercice 2017. Mais cela n’empêche pas le PTNB de constater en décembre 2018 l’entrée dans les mœurs du numérique, et plus particulièrement du BIM, couronnant ainsi 3 années d’initiatives par un succès. En effet, aujourd’hui, plus de la moitié des nouveaux projets des plus gros promoteurs immobiliers sont conduits en mode BIM. Un contexte positif pour le lancement du Plan BIM 2022 ce mois de janvier 2019.

Autre indicateur avancé : les start-ups en lien avec le BIM fleurissent depuis plusieurs années maintenant. Sur les 304 start-ups de la construction recensées et analysées par les experts de Xerfi dans le cadre de l’Observatoire de la Construction Tech® mi-2018, 56 proposaient ce type de solutions, souvent en association avec d’autres technologies (réalité augmentée, smart data, etc.), elles aussi prometteuses. Près de la moitié de ces start-ups sont nées en 2015 ou après, et 11 ont déjà effectué une levée de fonds. Parmi elles, notons par exemple que Cintoo3D, qui développe des algorithmes destinés à améliorer la compression, le stockage et la visualisation de données 3D, et à reconstruire en 3D les bâtiments, a levé 1,8 M€ fin 2017 auprès de Sofimac Innovation et des fonds régionaux Créazur, Sofipaca et Paca Investissement.

Le manque de formation, un frein majeur à l’adoption

Reste que si l’intérêt de la filière pour le BIM est réel, son adoption (et plus encore sa diffusion) est pour l’heure limitée aux acteurs d’envergure. Les grands groupes adaptent en effet leur organisation et leurs ressources à cette nouvelle réalité. À titre d’exemple, Vinci, Bouygues et Eiffage cumulaient à eux trois plus de 30 offres de recrutement en lien avec le BIM en France mi-2018, dont 14 uniquement pour le premier. Malgré cela, le PTNB observe dans son bilan que 53% des professionnels déclarent avoir besoin de se former rapidement au BIM.

Les professionnels des secteurs du BTP, de l’ingénierie du bâtiment, de l’architecture, de la gestion des biens, etc. sont plusieurs millions. Et tous ne sont pas en mesure d’utiliser le BIM du jour au lendemain, certains peut-être jamais. Le chemin sera long avant une appropriation par l’ensemble des acteurs. D’après le dernier baromètre du Plan de transition numérique, seules 10% des entreprises de moins de 50 personnes avaient déjà eu recours à des outils numériques et à une démarche BIM dans leurs projets de construction. Toujours d’après le baromètre, le manque de compétences au sein de l’entreprise demeure le second frein au développement du BIM – derrière le coût d’investissement en logiciel et devant le manque de standardisation des outils et des protocoles. Il reste donc d’importants efforts de formation sur le sujet à réaliser dans les années à venir. C’est à cette tâche que s’attèle désormais le gouvernement français avec le Plan BIM 2022, dont l’objectif est la généralisation de l’usage du BIM pour la construction neuve d’ici 4 ans.


[1] Enquête réalisée auprès de 1 360 professionnels entre décembre 2017 et janvier 2018.

[2] Sur la base du mot clé « BIM ».